Ma vie

Je suis né suite à un accouchement difficile, le 1er juin 1972, à l'hôpital Saint-Michel de Montréal à 20h30. Et oui, une semaine avant que ma mère accouche, j'ai décidé de changer de côté. Au lieu de me présenter par la tête comme tout le monde, j'ai voulu faire une entrée spectaculaire dans la vie... Je me suis donc présenté le bout du nez par les pieds. En plus, le médecin qui a accouché ma mère n'était pas tout à fait sobre ! Le « !&$?#%! » m'a tiré par les pieds au lieu de faire une césarienne à ma mère ! J'ai manqué d'oxygène au cerveau pendant une quinzaine de secondes et c'est à cause de cela que je suis handicapé aujourd'hui. Le manque d'oxygène a fait mourir des cellules de mon cerveau qui contrôlent les muscles de mon corps et de ma bouche. C'est pour ça que je parle pis que je bouge tout croche! Pour le reste, ne vous inquiétez pas, je suis super brillant et ma matière grise est tout à fait intacte ! Pour ce qui est du médecin, vous vous demandez ce qui est arrivé avec lui... Je l'ai écrasé avec mon char ! Non sérieusement, dans ce temps là, les poursuites n'étaient pas très à la mode !

Par la suite, d'autres médecins, ont dit à mes parents qu'il n'y avait rien à faire avec un garçon comme moi. Ils ont demandé à ma mère de me placer en famille d'accueil ou de me donner en adoption parce qu'ils disaient que je ne marcherais jamais, que je ne parlerais pas et que je serais un « légume ». Dans vos faces ma gang de spécialistes !

J'ai commencé à suivre des traitements à l'âge de deux mois pour apprendre à relâcher mes muscles . Avouez que c'est vraiment jeune pour apprendre à relaxer ! Au primaire, je suis allé à l'école Victor-Doré, une école spécialisée pour enfants handicapés. Durant mon primaire, j'ai eu beaucoup plus de thérapies que de cours; c'est cool mais c'est aussi pas mal fatiguant. J'ai parlé pour la première fois vers l'âge de 10 ans. Avant, je communiquais seulement par mes beaux yeux. J'ai marché pour la première fois vers l'âge de 13 ans; mais pour apprendre à marcher, il faut apprendre à tomber. Alors, on me mettait debout et on me poussait pour voir si je tomberais ! Moi je me cassais la gueule ! Je peux vous dire que j'ai appris très jeune qu'après être tombé, il faut apprendre à se relever .

Ensuite, au secondaire, je suis aller à l'école Joseph-Charbonneau, une autre école spécialisée. Pendant huit ans, j'ai été dans le même maudit groupe. J'étais plus capable ! Pourquoi une école spécialisée ? Parce que jusqu' à 21 ans, je pouvais m'améliorer physiquement avec le suivi des thérapeutes de l'école . Le problème c'est qu'à l'âge de 15 ans, j'étais en sixième année ! C'est à ce moment là que j'ai réalisé que, oui, j'étais handicapé, mais je n'étais pas un con pour autant. Il fallait que je réussisse mon 5e secondaire. J'ai donc mis les bouchées doubles et je l'ai fait en quatre ans. Il est hot le gars ! J'étais seulement le quatrième en quinze ans d'histoire de cette école là, à avoir un diplôme de 5e secondaire.

Ensuite, j'ai voulu aller au CéGEP, mais pas en n'importe quoi. Je voulais quelque chose de bizarre... comme moi ! J'ai donc choisi les arts dramatiques au CéGEP St-Laurent. Pour quelqu'un qui a de la misère à s'exprimer, disons que le théâtre c'était vraiment un choix bizarre ! Je voulais devenir comédien malgré mon handicap et ma difficulté d'élocution. Je me suis dit, qu'il n'y avait encore personne comme moi dans le milieu artistique, j'allais être le premier ! Malgré ma détermination, personne, je dis bien personne, ne croyait en moi. Ma première journée au CéGEP, demeurera d'ailleurs gravée dans ma mémoire pour le reste de mes jours ! On m'avait accepté dans le programme en se basant sur mes notes, mais on ne m'avait pas encore vu ! Depuis ce temps là, il y a des auditions pour être admis en arts dramatiques au collègue St-Laurent ! Non, sérieusement, je crois que j'ai provoqué la plus belle commotion de toute ma vie. Les professeurs et la direction du département on fait une réunion d'urgence pour savoir ce qu'ils allaient faire de moi ! Tout le monde disait que même si je réussissais mes cours, je ne réussirais jamais à travailler après ! Par contre, après moins d'un mois de cours, ils ont vu que j'étais capable de suivre, comme n'importe qui ! Ils n'ont pas eu le choix de me garder ! Hi hi !

Malgré tout, la période cégépienne a été sans l'ombre d'un doute l'une des plus belles de ma vie. Contre toute attente, je me voyais diplômé en arts dramatiques; mais le doute demeurait très présent dans la tête de tout le monde autour de moi. Réussira-t-il vraiment son rêve d'être comédien ? La réponse n'a pas tardé à arriver. à peine six mois suivant ma sortie du Cégep en 1995, j'ai décroché mon premier contrat professionnel : Jasmine.

Une autre chose dont je suis très fier, c'est de conduire ma propre voiture. Oui, oui, je conduis depuis maintenant une quinzaine d'années. C'est super important pour mon autonomie et je peux aller où je le veux, quand je le veux. Non je ne vous niaise pas là ! En plus, ma voiture n'est même pas adaptée ! Lors de mon premier cours de conduite pratique, le professeur ne voulait même pas embarquer avec moi. Je lui ai dit, embarque on n'ira pas vite !

Ma carrière, quant à elle, n'a pas connu un essor fulgurant tout de suite, mais à force de travailler et au fil des années, il y a toujours eu une progression. Cela m'a donné du temps pour faire une autre chose que j'adore dans ma vie : des conférences de motivation dans les écoles, surtout au secondaire.

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